L’hiver du mécontentement — Thomas B. Reverdy

*Article possible grace à
Flammarion et Babelio*

J’ai adoré ce roman ! Qui tombe à merveille.

Entre trois strates : la vie au présent de notre héroïne, ses réflexions sur Richard III de Shakespeare qu’elle monte au théâtre (jouant Richard III) et de nombreuses adresses à notre présent à nous lecteurs.

Nous suivons Candice une jeune londonienne étudiant l’art dramatique et travaillant comme coursière à vélo, en 1978-1979. Elle a fui un milieu familial très traditionnel entre un père pas foncièrement mauvais mais bête et violent, et une mère qui n’a pas pu/su partir.

Elle est libre parce que forte.
forte parce que libre.
parce qu’elle n’a pas vraiment le choix aussi.
Elle vit seule, toute seule, à quoi bon s’encombrer d’un.e partenaire ? 

Le couple c’est malgré tout une soumission, une compromission, c’est comme ça qu’elle le voit. Elle n’a que vingt ans, Candice, alors le couple, pour elle, enfin l’expérience qu’elle en a, c’est surtout celle de ses parents, mais elle s’en fait une théorie, une religion. À vingt ans, on n’a pas assez d’expérience, alors on se fait des certitudes.

On suit sa troupe de théâtre, ces jeunes femmes qui cherchent elles aussi une place, quelque chose à faire de leurs jours (et si possible qui leur permettent de vivre).
Elle vibre au son du PUNK pour ne pas entendre sa solitude, pour ne pas entendre non plus le monde qui ronronne avant de dérailler.

Le moteur travailliste de cette Angleterre après-guerre s’emballe, le chômage monte, les conditions de travail se dégradent à grande vitesse. Chacun espère un changement vers le meilleur… ce qui déclenche la grève qui s’étend comme une peste à travers le pays. Ce n’était plus tenable, pour personne.

Les grèves sont communicatives. Les grèves poussent les gens dans la rue. Il manquerait plus que les trains s’en mêlent.

Le pouvoir par Richard III ,et les passages de Thatcher, est omniprésent : c’est lui qui mène la danse. Qui l’aura ? Qu’en fera-t-il ? L’évolution médiatique de La Dame de Fer est frappante : si elle nous est présentée timide et anonyme, elle se dévoile peu à peu, de photo en conférence de presse. Son image de fille d’épicier, de femme qui sait tenir un budget dans la vraie vie, qui a les pieds sur terre attire… son ambition glace.

Rien n’a changé depuis, ou du moins si peu. 

C’est le moment où les choses ont commencé à basculer, même si, à cette époque, on n’aurait pas pu imaginer encore que l’avenir serait peuplé de livreurs de repas à vélo et de stagiaires longue durée. Que les Jones ne s’en sortiraient plus du tout? Qu’ils feraient de plus en plus d’études. Qu’il y airait de moins en moins de travail. 

Les groupes qui lui hurlaient dans les oreilles se sont assombris, dissous, mais le cri de No Future s’entend toujours. Il est assez curieux d’être le future de ces personnages qui espéraient que le présent soit unique et continue.

Tout se passe dans le Londres que j’aime : crade et vivant, bruyant un peu puant, décalé et improbable. Une ville à la limite du film de SF. Avec ses bars en sous sols où les musiciens vivotent et les grèves s’organisent, avec ses squattes dans des écoles et ses circulations à toute vitesses à la recherche de raccourcis.

Le chaos c’est quand tout devient possible.

Inutile de signaler à quel point je me suis retrouvée dans cette jeune femmes qui fait tout ce qu’elle peut pour que son présent soit aussi florissant que possible, que d’une manière ou d’une autre. J’aime l’élan de vie qui la pousse et lui permet de continue à toute allure à travers tout ses possibles : Do It Yourself et fonce.

Je l’ai lu dans la nuit : passionnément. 

Entre les désirs fous d’un autre quotidien, de faire ce que l’on veut de pouvoir vivre de ce qu’on aime et les tentatives bricolées pour que la vie continue sont magnifiquement saisies. Tout tombe parfaitement à sa place : l’incarnation est parfaite. Entre les « astuces » pour que sa féminité n e lui pourrisse pas la vie et les abus qui vont avec. Une femme dans un monde d’homme (encore et toujours) qui doit faire face aux pressions des proches (et viols de couple), aux impératifs sociaux (marie toi, fais des enfants), au travail (les regards comme les attouchements) bref elle mène la vie de chacune d’entre nous.

Village— Joachim Séné 

Merci Joachim Pour ce cadeau qui m’a accompagné à Montréal,
Une adorable compagnie pour ce début d’aventure !

On suit un jeune garçon, pas encore adolescent mais presque, je crois.
Quelque part au beau milieu de nulle part, une de ces campagnes françaises que l’on oublie. Sans savoir vraiment où elle se trouve. 

Où l’on se doute vaguement que des gens vivent,
mais qu’on ne se représente pas tant que ce n’est pas notre petit coin du monde.  Lire la suite « Village— Joachim Séné « 

Personne ne gagne – Jack Black

Vous cherchez un bon roman de cowboys ?
Ou plutôt : vous voulez un bon bouquin ?
Parce que j’en ai trouvé un ! YOUPI

Personne ne gagne nous raconte l’histoire de Jack Black, un cambrioleur devenu reporter (pour faire court, parce que ce serait vraiment dommage de faire un récit détaillé de l’histoire !). On le suit de son enfance à la fin de sa carrière de bandit de 1890 à 1910 à peu près. On est immergé dans la poussière et la chaleur quand il va au sud, dans le grand froid quand il passe au Canada, on plonge et on le suit. Il y a un véritable plaisir à errer sur les route et dans les trains.

On traine avec lui dans les prisons, pénitenciers, on rencontre bons et mauvais flics, mauvais traitements et rudesse des hommes. Passages aussi sombres que ceux sur la route sont solaires et heureux. Lire la suite « Personne ne gagne – Jack Black »

Mangés par la terre, Clotilde Escalle

La province comme sphère anxiogène,
                   fermée
où chacun est sous surveillance des autres et de leurs ragots.
L’ennui est total.
Omniprésent.
Etouffant.

Le pire, c’est la désorientation. Il n’y a pas d’histoire possible, rien n’adviendra, nous le savons, nous tous qui vivons sous ce ciel poisseux aux belle éclaircies.

Lire la suite « Mangés par la terre, Clotilde Escalle »

nouons-nous, Emmanuelle Pagano

Il y a des soirs où je n’ai pas envie.
Ce soir-là entre mon amoureux trop loin et le dernier partiel trop proche, le temps trop froid et mon thé trop chaud je ne voulais rien.
Pas une page, rien.

Pourtant, je devais donner l’impression de connaître les œuvres d’Emmanuelle Pagano le mercredi suivant. Les connaître alors que je m’y noie, m’y fonds : c’était mal engagé.

J’ai donc mis mon pyjama de monstre (et j’ai fait une bêtise puis une autre et… ah non ! Ce n’est pas cette histoire-ci !), attrapé un dangereux félin (même pas besoin de fourchette) et le dernier livre que j’avais sous la main : Nouons-nous.
Mon marathon de ces auteures a été aussi révélateur que prouvant. J’adore leurs multiplicités, leurs corporalités et leurs régions (si seulement elles parlaient de chez moi !) mais dans mon corps trop aléatoire, loin de mon océan, ce n’est pas facile.
Et puis…
Et puis la magie a opéré. Lire la suite « nouons-nous, Emmanuelle Pagano »

La grande expédition, Clémence Dupont

Nous étions il y a déjà quelques années, mon dieu que je vieillis ! dans la même école, et pour la première année que j’étais le projet de diplôme de Clémence était une merveille, malgré les difficultés de façonnage qui vont avec les leporellos…
C’est d’ailleurs toujours avec plaisir qu’on le croise sur les stands de la Nef des Fous.

Alors je voulais m’offrir La grande expédition : j’adore les dinosaures et le style graphique de Clémence. J’ai craqué, j’avoue.

Et puis…
Il était en vitrine dans ma librairie…
Et c’est une vrai petite merveille !
On voyage en un seul leporello des premières bactéries au fond des océans à nos jours. D’un coté en illustrations montrant l’évolution de la faune « locale » de notre planète Lire la suite « La grande expédition, Clémence Dupont »

Mai 68, le chaos peut être un chantier, Leslie Kaplan

J’avais été très touchée par l’excès-l’usine de Leslie Kaplan, qui a initié tout un travail sur le roman social et politique.
J’avais beaucoup aimé J’ai toujours été une femme, pièce de la même auteure.Je n’ai pas lu le reste de son oeuvre, mais j’en ai envie !

En avril sortait Mai 68, le chaos peut être un chantier chez P.O.L. (comme les deux ouvrages mentionnés précédemment). Il s’agit de la transcription d’une « conférence interrompue ». Elle a été « jouée » au colloque « L’Alternative du commun » (à la demande de Christian Laval) puis pour les 10 ans de Médiapart. Lire la suite « Mai 68, le chaos peut être un chantier, Leslie Kaplan »